Et et et

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Maïtreyi et Nicolas Pesquès

6 novembre 2025

120 pages

Série américaine

9782714313621

18 €

Avec malice et vivacité, Cole Swensen développe une poésie du « et ». À travers l’évocation des souvenirs comme ombres partagées, l’attention portée à l’autre, la question de la traduction, le paysage large par rapport à l’instant bref et ce qu’ils contiennent d’intensité différente, le livre poursuit ainsi une réflexion sur le langage, dans sa capacité à échapper autant qu’à informer. Il est aussi traversé par un esprit de jeu, dans la légèreté des croisements impromptus qui éclairent les êtres et les donnent à voir sous un angle nouveau. Dans cette réflexion sur l’élaboration de la langue poétique face à un monde difficilement nommable, se dessine une sorte de « politique de la grammaire » qui interroge la dimension de déconstruction de la poésie, sa force insurrectionnelle face aux mots creux ou trop pleins.

Cole Swensen

Cole Swensen est une éditrice, poétesse, traductrice et universitaire américaine. Elle a publié aux États-Unis vingt livres de poésie, dix-sept traductions d’auteurs français (dont Olivier Cadiot, Pierre Alferi, Suzanne Doppelt, Emmanuel Hocquard). Elle enseigne à l’université Brown de Providence. Son oeuvre a reçu plusieurs prix et distinctions aux États-Unis. En France, elle est bien connue dans le milieu poétique. En savoir plus.

Presse et librairies

« Et » : un mot qu’on emploie tout le temps sans y penser, un monosyllabe un peu fermé, un terme sans ambiguïté, ni métaphorique ni polysémique, facile à traduire, sans aspérité, comment pourrait-il intéresser ? La poète américaine Cole Swensen choisit de lui consacrer tout un livre en martelant dans son titre sa présence bégayante : Et et et (And And And dans l’original). La beauté de son recueil, constitué de courts poèmes en prose reliés entre eux par un fil continu mais léger, pourrait paraître inversement proportionnelle aux qualités sémantiques et sonores de ce petit mot faible ; mais je dirais plutôt qu’elle est la mesure de sa force insoupçonnée. « Et » s’y révèle merveilleusement intéressant et devient le support d’une magnifique réflexion sur les liens.

Tiphaine Samoyault, Le Monde, 11 décembre 2025

Cole Swensen est un slasheuse de la langue, à la fois juge et partie, observatrice et pratiquante, un pied dedans un pied dehors. Témoin de cette ambivalence, son recueil Et et et se situe à l’équilibre entre une certaine technicité (on peut y parler «phonème») et un geste de peintre impressionniste. S’y succèdent des poèmes en prose de longueur inégale (parfois rien qu’une phrase), réflexions, souvenirs ou images. « J’ai grandi dans une maison environnée de grands vents, lit-on par exemple page 46, sur une crête environnée de grands arbres, ce qui soulève la question : le vent est-il grand en soi, ou est-ce que ce sont les arbres qui le font ainsi? » Autre question, entre tirets d’incise, page 50 : « Quelle est la syntaxe du vent sur la peau? »

Thomas Stélandre, Libération, 3 janvier 2025

Impossible de décrocher à la lecture de ces soixante-cinq poèmes plutôt brefs, dont cinq portent le même titre : Et. En épigraphe, on relève ces mots de Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux : « … la fabrique du rhizome est la conjonction et… et… et ».

Christian Rosset, Diacritik, 10 décembre 2025

Découvrir un entretien de Cole Swensen à propos de Et et et dans Diacritik : « Une façon de penser un peu glissante » (Et et et )

Emmanuèle Jawad, Diacritik, janvier 2025

Un des plus beaux recueils de l’année ! La grande poétesse américaine Cole Swensen médite, conjuguant esprit de jeu et fermeté de la réflexion, sur la langue, sur la brume qu’elle pose sur le monde, sur les hiérarchies qu’elle organise. Un très grand recueil qui élabore une politique de la langue, sous le signe de l’insubordination. GÉNIAL.

Librairie Gallimard (Paris)

Tous les textes de Et et et, par les microphénomènes de perception qu’ils décrivent (de choses [la poussière, un bateau dans la brume, le vent], de notions [la métaphore, redéfinir, à peu près, parfois, c’est-à-dire], d’état [anonyme, autres, ombres], d’actes [traduction, Et ensuite, déplacer placer] etc.) sont ainsi des vêtements sans poche, ils font leur Carême. Ils jeûnent pour atteindre d’autres façons de ressentir, de toucher d’autres états gazeux de matière.

Emmanuel Laugier, Le Matricule des Anges n° 269, janvier 2026

Cole Swensen rappelle qu’avec et, il s’agit de coordination et non de subordination. Il s’agit même, pour la poétesse états-unienne, de fonder une « insubordination ». Son livre […] vise à mettre en évidence « le travail politique que fait la grammaire » qui précisément oppose à cette « équité » ses « mécanismes de masquage ».

Alain Nicolas, L’Humanité, 5 février 2026

« Pratiquer une langue implique, pour parler avec autrui, l’assimilation de ses structures grammaticales. La poésie peut en délivrer si l’on accepte de voir en elle le "sabotage » ou « l’ignorance » de ces structures. On peut par exemple supprimer tout ce qui introduit une subordination (que, quand lorsque, etc.) et les énoncés seront juxtaposés — chacun formant par exemple un vers"

Tristan Hordé, Sitaudis, 13 février 2026.

Contre [l’]ordre de la langue, la poésie est pensée comme « sabotage » de ces structures, ou comme leur « ignorance », se développant ailleurs, en dehors, en tout cas à la limite de ce que la langue peut imposer comme façon de dire, de penser, de percevoir. Rejeter une certaine logique de la langue permet l’existence d’autre chose qui par celle-ci n’est pas seulement masqué mais est empêché, exclu, opprimé. La poésie de Cole Swensen inclut cette forme de guérilla poétique et politique et ontologique – elle inclut un parti pris pour d’autres possibilités de la pensée, de la langue, du monde.

Jean-Philippe Cazier, Diacritik, 20 février 2026

Chaque jour, lisez un de ces poèmes ET vous trouverez cette sérénité dans, je cite les titres des poèmes, Le paysage, Le jardinage, La constellation, Le jeu des mots, Un Jeu de Lumière sur le Rebord de la Fenêtre, « Une feuille une fois dans la rue m’a frôlé la lèvre ». La place des majuscules a son importance. Écoutez ce texte sur le langage en mouvement.

Francis Pian, « Au fil des pages », Radio Libertaire, 25 février 2026