Le Musée des lunettes

Traduit de l'allemand (Suisse) par Catherine Fagnot

9 avril 2026

120 pages

Littérature étrangère

9782714313850

16 €

Les très brèves histoires qui composent Le Musée des lunettes sont toutes tissées avec la précision et la singularité qui sont la marque de fabrique d’Adelheid Duvanel.

Ce recueil nous fait par ailleurs découvrir une facette de son œuvre explicitement politique, puisque l’autrice y prend position contre l’institution psychiatrique. Ainsi, l’un de ses personnages collectionne et dessine des lunettes sans jamais trouver une paire qui convienne au visage d’un père traumatisant. Une autre dénonce les médicaments qui lui sont imposés et « étouffent l’imagination », empêchant toute « augmentation de la superficie de l’âme ».

On peut entendre ici des échos de la propre expérience de vie d’Adelheid Duvanel, en même temps qu’une réflexion, toujours d’une grande acuité, sur le « normal » et le « pathologique ».

Adelheid Duvanel

Adelheid Duvanel est née à Bâle en 1936 et morte dans cette même ville en 1996. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des voix les plus originales de la littérature de langue allemande. En savoir plus.

Presse et librairies

Avec une sensibilité désarmante, Adelheid Duvanel écoute le bruissement de ces âmes blessées. Leurs histoires minuscules deviennent, par ses mots, de petites pierres étranges et scintillantes. Mises ensemble, elles font l’effet d’une fantastique pluie d’étoiles.

Lanwenn Huon, Le Monde, 7 mai 2026.

L’apparente modestie de la forme choisie par Adelheid Duvanel (1936-1996) pour Le musée des lunettes n’en fait pas un livre mineur. Il fait partie d’une œuvre littéraire sans pareil, et universelle qu’il faut redécouvrir après une longue éclipse.

Jean-Luc Tiesset, En attendant Nadeau, avril 2026.

Ce qui frappe […] chez Duvanel, c’est qu’elle ne demande jamais à la littérature d’expliquer davantage : elle coupe, elle resserre, elle laisse autour des êtres une zone d’ombre que la prose psychologique recouvre d’ordinaire sous trop de commentaires. D’où cette impression rare d’une profondeur obtenue sans solennité, par la seule justesse d’une phrase légèrement désaxée ou d’une image incongrue, capables de faire basculer le quotidien dans une inquiétante étrangeté. Peu d’écrivains savent ainsi faire tenir l’abîme dans une poignée de pages. Une révélation !

Patrick Corneau, Le Lorgnon mélancolique, 2 mai 2026

L’étrangeté, la force troublante des textes naissent de leur composition et du télescopage entre une forme, une écriture, une perception. En apparence, les lois du genre narratif, on le perçoit, sont respectées : des personnages – ils, elles surtout – ont un âge, une identité, des caractéristiques physiques, des relations sentimentales, familiales, amicales, forment des micro-sociétés, vivent ou évoluent dans des lieux contemporains définis, sous des saisons et phénomènes météorologiques qui n’ont rien que de très banal : il pleut, il fait soleil, il neige, il vente, c’est le jour ou la nuit. Ils parcourent un espace souvent urbain, occupent des appartements, vont au café, empruntent les transports en commun. Ils lâchent des mots, racontent des anecdotes, confient leurs rêves, écrivent. Le hasard d’une rencontre, un incident, une question, provoquent au cœur du texte – stupéfiant circuit court – un court-circuit.

Jean Jordy, Revue Commune, 16 avril 2026

« Rarement un écrivain a trouvé, plus qu’Adelheid Duvanel, Suisse allemande née en 1936 et suicidée en 1996, les mots, les phrases, les comparaisons, les sensations et les sentiments adéquats pour dire l’inadéquation du monde, en tout cas du sien. Vingt-deux courts textes composent Le Musée des lunettes, son sixième recueil traduit après Délai de grâce et Anna et moi (chez Vies parallèles) et, déjà chez Corti, La Maison disparue, Histoires de vent et La Correspondante. (…) Adelheid Duvanel a passé une partie de sa vie en hôpital
psychiatrique. Une telle clinique et ses médecins sont le coeur du texte «le Musée des lunettes» : «Je voulais écrire un jour un récit sur cette clinique» en employant «la phrase : La patiente jeta un rêve gras à son médecin». »

Mathieu Lindon, Libération, 9 mai 2026.