Evelina

Traduit de l'anglais par Florence Bruzel Vercaemer

Mai 1991

450 pages

Domaine Romantique

9782714304179

23.2 €

Publié anonymement en 1778, le premier roman de Fanny Burney, Evelina, suscita aussitôt l’engouement du public anglais, puisqu’il connut en un an quatre éditions successives. La critique unanime (Burke et S. Johnson en particulier), salua en elle l’héritière de Richardson et de Fielding, et souligna surtout ses dons pour la comédie, la verve de ses dialogues et son aptitude à brosser une galerie de portraits d’excentriques au langage savoureusement contrasté : une servante d’auberge à la vulgarité flamboyante, dont l’extraordinaire jargon s’oppose à la langue châtiée des aristocrates qu’elle prétend imiter ; les petits boutiquiers de la Cité dont l’avarice et les manières démentent les mêmes prétentions à l’élégance ; le duo d’un fat entiché de mode et d’une coquette alanguie ; la brutalité d’un capitaine de marine dont les farces s’inscrivent dans la meilleure tradition d’un roman picaresque ; les sarcasmes perpétuels d’une « bas-bleu » qui offensent le code de réserve féminine en vigueur à l’époque.

Fanny Burney emprunte la forme épistolaire des grandes œuvres de Richardson pour nous raconter l’entrée d’une jeune provinciale de dix-sept ans dans la haute société londonienne. L’intrigue progresse d’incidents cocasses en menues catastrophes, jusqu’au terme de ce voyage initiatique où l’amour et l’estime triomphent du préjugé de classe. On reconnaît là le thème auquel Jane Austen donnera une éclatante illustration dans Orgueil et préjugés quelque trente ans plus tard. Outre l’intrigue, on retrouvera chez la géniale disciple de Fanny Burney (à laquelle elle rendra hommage dans Northanger Abbey), cet art du dialogue, cette ironie feutrée et brillante qui nous font comprendre aujourd’hui pourquoi Mme de Staël vit en l’auteur d’Evelina « la première femme d’Angleterre ».

Fanny D'Arblay

Totalement inconnue en France, Fanny Burney (1752-1840), dite aussi Fanny D’Arblay, nous intéresse pourtant à un double titre. D’une part, c’est avec elle que s’annonce le renouveau du roman anglais – Defoë, Richardson comme Smollett n’ayant pas été remplacés. Choderlos de Laclos en fit d’ailleurs un éloge dithyrambique. Ses romans pleins de finesse, d’humour, de sens de l’observation n’ont rien à envier à ceux de G. Eliot, M. Shelley ou J. Austen. Elle est aussi, et c’est plus original pour une Anglaise, l’auteur d’un journal qui compte parmi les sommets du genre en Angleterre (1768-1818). En savoir plus.