Album d’un pessimiste

suivi de Portefeuille d'un pessimiste

Présenté par Édouard Roditi et Jacques Rémi Dahan

Septembre 1991

360 pages

Domaine Romantique

9782714304292

17.8 €

Qu’est-ce que “Alphonse Rabbe” pour l’honnête homme de la fin de ce siècle ? Un simple nom, sans doute, mais tout auréolé de la lumière noire des écrivains maudits et des suicidés de la société. Plus qu’aucun autre romantique peut-être, Alphonse Rabbe est la souffrance incarnée. Le beau jeune homme débarquant à Paris, le causeur brillant et apprécié est devenu un mort vivant, défiguré par la maladie – une syphilis ramenée d’Espagne. Opiomane, il meurt à 45 ans, sans doute par suicide, acte qui préfigurait “l’explosion d’une âme généreuse, indignée du monde, fière de sa céleste origine et amoureuse de son immortelle dignité”. On publiera après sa mort l’Album d’un pessimiste, véritable traité du désespoir que fera redécouvrir André Breton et que présente ici, dans le cadre de la Collection Romantique, Édouard Roditi. Dans une seconde partie, Jacques Rémi Dahan nous propose un choix de documents et de correspondance (notamment avec Hugo et Constant) qui dessinent un portrait moins caricatural de l’écrivain.

Sa correspondance est bien plus éclairante que ses besognes de libraire, où il s’est usé. En post-scriptum de son testament n’a-t-il pas écrit : “Si ces Messieurs veulent chacun choisir un livre dans mes bouquins en mémoire de moi, ils me feront plaisir”. Le meilleur de son œuvre n’était pas publié. Hugo, qui fut son ami, avait compris qu’il fallait aller au-delà des apparences : “Ses paupières, ses narines, ses lèvres, étaient rongées ; plus de barbe et des dents de charbon. Il n’avait conservé que ses cheveux dont les boucles blondes flottaient sur ses épaules et un seul œil dont le ferme regard et le sourire ferme et franc jetaient encore un éclair de beauté sur ce masque hideux.” La pensée et l’écriture, devenues son seul horizon, lui permettent de tenter d’apprivoiser le néant, et la mort qui l’en délivrera. Il est, avec Coleridge, de Quincey et Poe, l’un de ceux qui puiseront dans le laudanum leur déchéance et leur rédemption.

“Il était rare qu’on ne lui dît point : Mais écrivez ce que vous venez de dire, peignez-vous vous-même, vous serez le plus singulier et le plus remuant des écrivains de ce temps.”
A. Carrel.

Alphonse Rabbe

Alphonse Rabbe est né en 1784 et mort en 1829. En savoir plus.

Presse et librairies

Pourquoi Alphonse Rabbe n’est-il jamais parvenu au rang de légende ? Pourquoi son Album du pessimiste a-t-il la réputation d’être un viatique pour voyageurs chagrins, un analgésique pour suicidaires décadents ? Est-ce parce que ce touche-à-tout eut la malencontreuse idée de naître en Provence, d’avoir, aux dires de ses proches, gardé toute sa vie l’accent du pays, et que ses lecteurs aussi bien disposés soit-ils, ne peuvent prendre au sérieux un nihiliste qui aurait l’accent de Tarascon ? Tous les ingrédients éteint réunis pour que, dans notre bibliothèque, Alphonse Rabbe se voit assigner une place dans la même cellule qu’un Lautréamont ou un Edgar Poe. […] Son Album du pessimiste, dirait Cioran, entraîne vers des chutes qui permettent d’atteindre des sommets.

Roland Jaccard, Le Monde, 8 novembre 1991

C’est à une sorte de “passion” que nous assistons dans l’Album d’un pessimiste, où se déposent paroles dernières et de “passage” d’un homme acculé à apprivoiser une mort qui le rejoint de façon brûlante et implacable.

Catherine Jacobsen, Le Mensuel littéraire et poétique n° 201