Poèmes choisis
Traduction de Pascal Aquien
C’est à un scandale que le poète anglais Swinburne (1837-1909) doit sa réputation : celui de la publication en 1866 de Poèmes et Ballades, dont les censeurs victoriens se plurent à exagérer, et partant à dénoncer, le paganisme, les excès blasphématoires et les débordements éroticopervers : “la critique se fâcha”, remarqua Maupassant, “la critique anglaise, étroite, haineuse dans sa pudeur de vieille méthodiste qui veut des jupes à la nudité des images et des vers, comme on en pourrait vouloir aux jambes de bois des chaises”.
À cette date, cependant, Swinburne était un poète déjà célèbre – Atalante à Calydon avait connu un grand succès l’année précédente –, mais l’esprit et la lettre de Poèmes et Ballades devaient, jusqu’à la fin de sa carrière poétique et même au-delà, associer le nom de Swinburne au décadentisme esthétique et chatoyant en vogue dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle.
Pascal Aquien
Presse et librairies
« Au-delà des fioritures du décadentisme, des excès néo-romantiques, et de l’exploitation de son propre fond morbide et névrotique, la poésie de Swinburne résonne de magnifiques accents. On se reportera aussi aux belles analyses de Bachelard, à la fin de L’Eau et les Rêves, sur l’élément marin dans ce qu’il nomme “le complexe de Swinburne”. »
Patrick Kéchichian, Le Monde, 19 octobre 1990Elfe sulfureux, angoissé, provocateur, adorant la fustigation des vagues et celle d’un maître, panthéiste reniant les dieux, poète alliant romantisme ténébreux et visions morbides, Swinburne est l’un des auteurs maudits par le puritanisme victorien. Il possède l’incomparable don de faire écho aux murmure des vagues comme aux cris de la peur.
Claude Michel Cluny, Lire, février 1991Ce qui caractérise les vers de Swinburne, dès le début, c’est cette écriture affolée, aux phrases longues, aux méandres d’où jaillissent, à chaque angle de strophe, des images, un trop plein d’images, une luxuriance d’images, comme une plante à fleurs tropicales. Parfois, quand le phrasé s’allonge, c’est un bondissement perpétuel de métaphores, d’analogies, qui se met en œuvre, laissant place à un monde rêvé, embelli, à un univers transformé, tellurique, fantasmagorique. Et, d’autres fois, la phrase s’allonge tellement, le vers se brise, la rime se maintient en suspens, au centre de deux enjambements, et le chant cherche les sommets.
Christian Travaux, CCP, 13 février 2018Prodigue d’elle-même, sa poésie consacre à perte de vers ce que la Beauté a de gratuit. À tout prendre, son œuvre témoigne, à la puissance n, de ce que « produit » un poète, lorsqu’il tire des choses « une quantité de langage insensée », pour parler cette fois comme Denis Roche. Insensé, excédant entendement et mesure, le mot est juste, quand il s’applique au très peu résistible flux dans lequel Swinburne nous immerge, un flux pourtant canalisé par le mètre, la disposition strophique, la prédilection pour les contraintes formelles.
Marc Porée, En attendant Nadeau, 25 avril 2017