Voyages à travers la France et l’Italie
Traduit par André Fayot
Avec ces Voyages à travers la France et l’Italie (1766), le lecteur français va découvrir à la fois un classique de la littérature de voyage et l’œuvre d’un auteur important du XVIIIe siècle anglais que la France n’a jamais vraiment reconnu. En tant que romancier, Smollett souffre de l’ombre que lui fait Fielding, son aîné de quatorze ans, à qui ses premiers éditeurs français attribuèrent d’ailleurs expressément Roderick Random, pour profiter sans doute de la notoriété de l’auteur de Tom Jones – Les Aventures de Roderick Random, de Smollett, date de 1748. Comme auteur de récit de voyage, c’est Sterne qui lui porte tort, et de façon bien plus délibérée puisque le Voyage sentimental fut écrit en réaction aux Voyages à travers la France et l’Italie, pour moquer les récriminations de leur auteur et que leur succès ne résista pas à l’attaque.
Pourtant le livre de Smollett n’est pas inférieur à celui de Sterne, il n’a simplement rien de commun avec lui. Son intérêt ne tient pas à l’écriture, mais à sa formidable valeur documentaire, à la somme de renseignements récoltés sur le vif qu’il contient, sur les transports terrestres avant le chemin de fer, la mode dans le Paris de Louis XV ou les ancêtres du prince de Monaco, les mœurs des Niçois, la médecine à Montpellier aussi bien que sur les aménagements du port de Boulogne.
Quant à la légendaire mauvaise humeur de Smollett, si elle n’était l’effet de sa sincérité et de son obstination à dire en toute occasion son opinion sans ambages, on pourrait y voir un superbe procédé littéraire, car elle donne à tout le récit un ton subjectif extraordinairement vivant ; c’est elle qui fait le style du livre. Partout on y sent la forte personnalité de l’auteur, et peu à peu se dessine avec une étonnante netteté un caractère qui rend la lecture des Voyages à travers la France et l’Italie singulièrement attachante.
Presse et librairies
Sacré Tobias ! C’est un peu ce qu’on a envie de s’exclamer lorsqu’on referme ce livre attachant, qui fourmille d’informations documentaires sur la réalité quotidienne de ce siècle aujourd’hui si lointain. Ces détails sont importants, bien sûr, et nous font découvrir sinon l’abîme, à tout le moins le décalage qui existait à l’époque entre une Angleterre industrieuse et industrielle et cette espèce de Tiers-Monde figé dans son archaïsme qu’étaient la France et l’Italie. Toutefois, s’il faut lire ce récit, c’est avant tout pour la personnalité de son auteur. La sincérité parfois désopilante dont il fait preuve, ses coups de sang ou de sensibilité, toujours en or massif, ainsi que son humour vénéneux, tout cela ne pourra que séduire les lecteurs qui n’attendent pas d’un livre qu’il leur conte gentiment fleurette.
Rossano Rosi, Écritures N° 7Un des charmes des Voyages de Smolett tient en sa constante mauvaise humeur, celle qui lui fait observer bien des détails que d’autres voyageurs, moins atrabilaires, ne percevraient pas. En découvrant la France et l’Italie, l’auteur ronchonne.
Arlette Farge, Libération, 3 mars 1994Ni la doulce France ni la pittoresque Italie ne trouvent grâce aux yeux du Dr Smolett, tout au long des deux années qu’il y passe. […] Mais ce malade bougonnant est un remarquable observateur que rien ne laisse indifférent. Il se fait critique d’art à Florence et épigraphiste à Rome ; il étudie les cultures du Languedoc en agronome compétent, le régime fiscal français en économiste averti.
Jean Chesneaux, La Quinzaine littéraire, mars 1994