Voyage autour de ma chambre
suivi de Le Lépreux de la cité d'Aoste
Préface de Joseph de Maistre
Frère du philosophe Joseph de Maistre, Xavier de Maistre fait des études médiocres, s’engage dans l’armée puis, refusant de servir la France républicaine, s’échappe en Russie où après diverses pérégrinations il achèvera sa vie en 1839. C’est le type même du dilettante se souciant peu de sérieux ou de postérité, paressant 15 ans entre le Voyage et le Lépreux. Publié sans nom d’auteur, le Voyage se donne comme le fruit de 42 jours d’arrêts ; il donnera lieu à un remake de moindre intérêt : L’Expédition nocturne autour de ma chambre.
À la vogue des récits d’aventures et de voyages, De Maistre oppose l’immobilité la plus complète, grâce à laquelle il peut faire les contingences et donner libre cours à son imagination ; le renversement parodique, le détournement sont généralisés. Tandis qu’ils décrivent le monde, je vais décrire ma chambre, telle sera sa devise. C’est donc en revenant à la liberté qu’il rentrera dans les fers. Le jeu avec le lecteur est perpétuel, d’inversion en contre-pied, de digression en digression, d’anti-roman en antivoyage. Au-delà de ce qu’il partage avec le récit parodique, on peut voir se profiler dans le Voyage le double renouvellement qui constitue la révolution romantique : l’avènement du moi et l’explosion des genres.
“Le comte Xavier de Maistre s’est offert à nous commun de ces hommes dont la rencontre console de bien des mécomptes en littérature et réconcilie doucement avec la nature humaine… On prendrait plaisir et profit à plus d’un de ses jugements naïfs et fins.” Sainte-Beuve