Schalken le peintre
Traduit et présenté par Jacques Finné
1858 est une date décisive pour Joseph Sheridan Le Fanu. Sa femme meurt, il ne s’en remettra jamais – chagrin ou remords. Désormais, sans pourtant abandonner ses obligations matérielles, il fuit le monde, vit en reclus, comme Nathaniel Hawthorne, écrivant pour vivre et marivaudant, pour se consoler, avec les doctrines de Swendenborg. C’est pendant cette période de réclusion qu’il va donner le meilleur de lui-même ; ses romans à succès (en particulier L’Oncle Silas) et ses nouvelles fantastiques, dont certaines des meilleures sont regroupées dans le présent recueil, feront de lui un maître et un initiateur.
De fait, l’influence de Le Fanu est double : il marqua la littérature générale et la litttérature fantastique. Dans ce dernier domaine, le souffle qui lui est si spécifique s’obtient par des moyens très divers : vocabulaire spécialisé, poncifs de décor, de personnages, de situation. Il faut pourtant insister sur un détail d’importance. À bien lire les récits présentés comme des récits à deux ou à plusieurs explications, on s’aperçoit bien vite de leur extrême rareté, un détail pemettant presque toujours de favoriser une analyse plutôt qu’une autre.
Si la nouvelle Schalken le peintre – curieusement restée inédite à ce jour – reprend le motif bien connu de la jeune fille vendue au diable par son père, l’auteur en fait une histoire parfaitement originale, comme la rencontre sur une table à dessection de Vermeer et Füssli.
Jacques Finné, dans sa sélection, a essentiellement retenu les récits où le diable ou ses représentants occupent un rôle majeur.
Presse et librairies
Le temps passant, on a un peu perdu de vue le prolifique Le Fanu, maillon indispensable dans la chaîne séculaire du récit de terreur qui des gothic novels de Mrs Radcliffe aux best-sellers de Stephen King et Peter Straub, n’a cessé d’alimenter les cauchemars de millions de lecteurs. La traduction intégrale, enfin, du chef-d’œuvre de Le Fanu, Oncle Silas, assorti d’un recueil de ses meilleurs contes, permet de mieux saisir l’importance de ce maître des effets spéciaux littéraires.
François Rivière, Libération, 9 octobre 1997Si rien n’est sûr chez Le Fanu, c’est qu’il nous renvoie au lieu de tous les possibles, à la scène obscure de l’inconscient où se jouent les scénarios fantasmatiqsues, où se confondent les identités. Tout ceci pour notre plus grand bonheur, celui d’une lecture qui donne, à tout bout de phrase, un délicieux vertige.
Claude Fierobe, La Quinzaine Littéraire, 17 novembre 1997