Portraits littéraires
Traduit de l'anglais et présenté par Isabelle Py Balibar
Portraits littéraires forme avec les Confessions d’un opiomane anglais et les Esquisses autobiographiques une sorte de triptyque où Thomas de Quincey (1785-1859) nous livre par fragments une des autobiographies imaginaires les plus fortes de la littérature anglaise. Dans Portraits littéraires, il s’agit non plus de souvenirs mais plutôt d’impressions de la maturité dont le fil conducteur tient curieusement à une région, la région des lacs, celle du Westmorland, dont de Quincey dresse un portrait magnifique, tant de ces montagnes que de ses dangers ou de ses habitants et poètes. Entre 1803 et 1820, les plus grands poètes romantiques y habitent et forment la “Société des Lacs ”. Coleridge, Wordsworth et Southey sont les trois figures majeures de ces lakistes anglais dont l’opiomane anglais dresse un portrait saisissant.
La fréquentation régulière de ces “grands hommes” donne lieu à des mémoires où le sens du détail, de la satire, de l’irrespect se mêle à la tendresse (pour Coleridge surtout) car De Quincey rend toujours à César ce qui appartient à César, avec parfois une certaine cruauté notamment lorsqu’il parle de l’opportunisme de Wordsworth.
Rarement autobiographie aura été aussi paradoxale, proliférante, fragmentaire, tel un miroir brisé que le lecteur seul peut refaçonner, à partir de récits très vivants, d’anecdotes comiques ou dramatiques, de descriptions romantiques de Grasmere, où il logea en 1803, et de ses environs. Tels qu’ils sont, ces Portraits littéraires sont donc bien le cœur de l’autobiographie quinceyenne.
Presse et librairies
On retrouve [dans ces Portraits] les échos de la biographie tragique de De Quincey, émaillée de morts dès sa plus tendre enfance, et l’alternance qui le caractérise d’une insondable mélancolie et du rire le plus franc ; surtout on y retrouve en maints chapîtres, sa générosité, sa nature tortueuse et pourtant chatoyante qui semble avoir fait corps avec un style incomparable, une écriture en cascade, essentiellement digressive.
Bertrand Leclair, Les Inrockuptibles, 20/26 mai 1998