Klosterheim
Traduit par Liliane Abensour.
Du roman gothique, Klosterheim de Thomas de Quincey possède tous les ingrédients : atmosphère de suspicion, troubles menaces, lettres d’intimidation, méprise sur les personnes, meurtres… L’action, qui se déroule à l’époque de la Guerre de Trente Ans dans les provinces de Bavière et de Souabe, met en scène un usurpateur en la personne du Landgrave, assisté du vil Holkerstein, et l’authentique successeur au trône, Maximilien, le fils de la victime assassinée. Le stratagème mis en place par Maximilien, sous l’identité mystérieuse du Masque, conduit à son affrontement avec le Landgrave et au triomphe de la vérité. La jeune et innocente Comtesse Paulina, fille naturelle de l’Empereur, après bien des péripéties propres à susciter la terreur, retrouve enfin Maximilien, auquel elle était promise.
Il n’est jusqu’au décor et à l’architecture du château et du couvent, avec leur labyrinthe de couloirs et de galeries, qui ne rappellent les romans gothiques à la manière d’Ann Radcliffe. Si le caractère onirique de certains passages et les effets de clair-obscur permettent une comparaison avec certaines nouvelles d’Edgar A. Poe, les descriptions, par leur déploiement dans le roman, sont bien révélatrices des visions obsédantes de De Quincey, telles qu’elles apparaissent plus tard dans La Révolte des Tartares (1836) : vision de foules en émoi, massées au pied des murs de Klosterheim et, en contrepoint, vision de la multitude assistant au bal masqué organisé pour déjouer l’imposteur.
C’est, sans doute, impressionné par ces pages particulièrement marquantes que Coleridge a pu louer, à propos de Klosterheim — qu’il compare volontiers à Quentin Durward de Walter Scott —, “la pureté de la langue et du style” qui atteint, selon lui, “un niveau d’excellence auquel Walter Scott ne semblait pas même prétendre”.
Presse et librairies
La grâce particulière à De Quincey ôte à l’horreur toute gratuité, sait immobiliser le récit en des scènes harmonieuses et tristes. Et voilà pourquoi en fin de compte nous donnons raison à la traductrice : non, décidemment, Klosterheim n’est pas tout à fait un roman gothique : il est trop sincère, d’une trop grande beauté pour ne pas déborder les limites du genre.
Nicole Casanova, La Quinzaine Littéraire, 16/30 novembre 1997Roman gothique, oui sans doute. Rien n’y manque, dans le cadre combien approprié de la Guerre de Trente-Ans. Mais il y a pire que les fantômes : dans l’enchâssement des intrigues qui arois tournene tcourt, apparaît à la moitié du roman un mystérieux personnage, le Masque. Et nous retrouvons alors le de Quincey familier.
Patrick Cassou, Le Mensuel littéraire et poétique, juin 1997