Justice sanglante

Traduit de l'anglais par Roger Kann

Postface de Grevel Lindop

Mai 1995

144 pages

Domaine Romantique

9782714305503

13.15 €

The Avenger est publiée en 1838 dans le Blackwood magazine ; poursuivi par ses créanciers aux abois, Thomas De Quincey explique à Blackwood qu’il a perdu deux jours à chercher un endroit où pouvoir écrire. Ce texte échappe totalement à l’attention des critiques tant anglais qu’étrangers, même s’il est repris dans les Œuvres complètes publiées par Masson.

On le trouve mentionné dans l’essai de Messac sur le Detective Novel comme une préfiguration du roman policier, notamment par le problème du local clos qui annonce Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Poe. Grevel Lindop, dans sa magistrale biographie, atteste qu’il s’agit bel et bien d’une œuvre de De Quincey. Inconnue, passée inaperçue des traducteurs, sans doute parce que d’un volume réduit, elle se révèle pourtant l’un des textes les plus fulgurants de De Quincey et illustre peut-être le mieux la prescience, la voyance de l’opiomane anglais.

Nous ne savons pas si l’auteur a tiré son récit d’un fait divers ou d’une intuition. Mais dans cette terrible histoire de vengeance, le mécanisme, les ressorts du drame de cet ancêtre du roman policier sont l’anticipation terrible de ce que sera la Shoah. L’intérêt se concentre non seulement sur une série de crimes mais aussi autour du mystère qui les entoure. Une petite ville allemande est mise en émoi par des meurtres aux circonstances bizarres : les victimes sont presque toutes des personnes âgées, et on ne vole rien. La police multiplie les enquêtes mais ne découvre aucun indice.

Nous n’en révélerons pas davantage. Si l’intérêt du récit va bien au-delà de l’intrigue, il importe de laisser au lecteur le soin de découvrir lui-même qui est coupable, et ce qu’est cette Justice sanglante.

Thomas De Quincey

Il semble que De Quincey (1785-1859) ait été un génie universel, capable de s’attaquer à tous les genres et d’y réussir, le laudanum n’ayant pas entravé, comme chez Coleridge, les facultés créatrices : traités et monographies variés, économie politique, critique littéraire, histoire, récit, recherches sur les religions et la philosophie. Son influence fut d’ailleurs considérable, tant en France qu’en Angleterre. Ici le romantisme se replie sur lui-même et se déploie dans les visions d’un monde intérieur d’une richesse extrême. En savoir plus.

Presse et librairies

La parution de Justice sanglante constitue un événement. C’est un polar visionnaire, et le tout premier du genre. L’efficacité du procédé (le livre se lit d’une traite) n’est cependant pas l’essentiel de ce qu’il faut en retenir : la vengeance est un bon sujet, surtout lorsqu’elle est sanglante… et dans le livre, elle l’est horriblement.

Claude Margat, Le Monde libertaire, 15/21 juin 1995

Un roman prophétique.

Catherine Argand, Lire, été 1995

Stupeur […] face au mystère qui enveloppe d’une noirceur opaque ce récit haletant. Poe et la Rue Morgue ne sont pas loin.

Sophie Charbonnel, Études, novembre 1995

On se croirait chez Alfred Hitchcock. Sauf qu’il s’agit d’un Hitchcock qui, plutôt que le nom de l’assassin, dévoilera en fin de course les racines du mal.

Bertrand Leclair, Le Nouvel économiste, 21 juillet 1995