En contemplant une collection de peintures
Édition établie et traduite de l'allemand par Laure Cahen-Maurel
Ce livre offre la première traduction intégrale du manuscrit le plus significatif de C.D. Friedrich, le plus grand paysagiste du romantisme allemand. Comparable en son genre aux salons de Diderot et à ceux de Baudelaire, Friedrich y donne son regard et son jugement sur l’art apprécié du public allemand vers 1830, année de la mort de Hegel. Mais à la différence de Diderot qu’il prolonge ou de Baudelaire qu’il anticipe, Friedrich est lui-même peintre ; Friedrich parle également de ses propres œuvres.
Derrière la critique d’art et la verbalisation du geste pictural, l’artiste se révèle être un penseur. L’extrême attention au réel, nécessaire aux peintres paysagistes – peintres de la nature –, est confrontée à la pratique d’une liberté créatrice qui tout à la fois respecte ce réel et le dépasse, le viole pour le transfigurer.
Ce volume comporte en introduction la première présentation étayée sur les écrits de l’artiste de la tâche philosophique ainsi visée par Friedrich : introduire l’esprit et la spiritualité dans un tableau.
Presse et librairies
On a presque tout dit pourtant de l’œuvre de Friedrich ; qu’elle était mystique, irrationnelle, panthéiste, onirique, réflexive (métapicturale), symbole de la religion romantique de l’art, qu’elle préfigurait l’abstraction picturale (Robert Rosenblum, 1975) et parfois la synesthésie symboliste et moderne (cf. le catalogue du Musée d’Orsay, Les Origines de l’abstraction). Mais on a oublié de l’écouter, lui qui parlait peu. Il est vrai que les rares écrits de ce formidable « taiseux » (brefs essais, correspondance, aphorismes et poèmes) étaient pour la plupart inconnus de ses contemporains. Il fallut attendre 1999 pour que paraisse la première édition critique allemande du présent volume. En France, les écrits du peintre n’ont été dévoilés qu’au travers de traductions toujours partielles. La présente édition, établie avec beaucoup de soin et de précision par L. Cahen-Maurel, vient donc fort à propos réparer une lacune, en offrant la première traduction intégrale de ce curieux Salon esthétique.
Olivier Schefer, Fabula