Dieu nous garde des Orsenigo
Traduit par François Bouchard.
Partant d’une situation somme toute banale, et qui n’est pas sans rappeler celle qu’il vécut – les amours d’une femme mariée d’origine septentrionale et d’un méridional – Vittorio Imbriani, avec son second roman, nous offre sa Madame Bovary. S’affranchissant des modèles littéraires hérités du romantisme, Imbriani tourne en dérision le roman français qui tient alors le haut du pavé en Italie, surtout avec Dumas.
C’est parce qu’elle est abreuvée de cette littérature que Radegonda Orsenigo suit à la lettre les modèles factices dont elle est faite. Étant incapable de tracer une frontière entre fiction et réalité, elle conduira à la catastrophe son militaire amant, lui-même englué dans un système de normes tout aussi arbitraires : le code de l’honneur.
Tout au long de cette poursuite amoureuse dont on devine qu’elle se terminera par un hallali, mais dont nous ne pouvons savoir combien il sera pitoyable, la verve et la satire sont au rendez-vous cependant qu’Imbriani parvient, derrière le ridicule et le pathétique, à rendre ses personnages attachants sinon sympathiques, tant pour le trio central que pour les comparses, avec un ton très original dans le paysage littéraire italien.
Avec Radegonda Orsenigo, Imbriani a sans doute dressé l’un des plus beaux et des plus méchants portraits d’une Miss Catastrophe “pot de colle” et de sa victime – plus ou moins consentante.
Presse et librairies
Contempteur féroce des modes littéraires, Imbriani nous propose ici avec ce roman, sa “Madame Bovary”, ainsi que le souligne le traducteur dans sa précieuse préface. Histoire d’amour, mais quel amour !
Marie-José Tramuta, La Quinzaine littéraire, 16/31 juillet 1994