Un sceptique s’il vous plaît

Édité et présenté par Julia Przybos

Février 2004

Domaine Romantique

9782714305879

15.45 €

Un sceptique s’il vous plaît sort en novembre 1861 dans la “Bibliothèque des Voyageurs” de Lévy frères, collection destinée à la vente dans les gares. Le livre passe à la trappe sans avoir eu les faveurs de la presse. Il y reste plus de cent ans. Son auteur, Albert Lhermite, brille par son absence de toute anthologie ; l’un et l’autre auraient dû disparaître sans laisser de trace.

Julia Przybos, dix-neuvièmiste enseignant à New York, est intriguée par le titre qui figure, parmi d’autres livres disponibles, au dos d’un volume qu’elle consulte. Elle fait sortir Un sceptique des oubliettes de la Bibliothèque Nationale, le lit et reste stupéfaite. Sans cette exhumation, il serait demeuré un fantôme et un chaînon manquant dans la grande famille littéraire qui va de Laurence Sterne à Calvino ou de Borges à Perec.

À lire Lhermite, on lui découvre en effet une lignée spirituelle. Ses contes évoquent et annoncent des écrits anciens et modernes. Sa vision de l’auteur, du livre et du lecteur est nouvelle, et même révolutionnaire dans le conte le plus extraordinaire du recueil : La Bibliothèque de papier blanc. Il y abolit le pouvoir de l’écrivain qu’il livre à un lecteur — suprême insulte — à peine capable de lire : il ne voit pas la complexité du texte, ne déchiffre pas ses sens cachés, se laisse rarement séduire par ses beautés. Tel est du moins l’avis du propriétaire de cette borgésienne bibliothèque pour qui “un texte imprimé est un sujet de rêverie”. Voilà pourquoi, sur les rayons du vieillard, s’alignent des livres blancs : l’imagination de cet homme-bibliothèque saura remplir les feuillets vides.

Le développement prodigieux des romans qui font du livre leur sujet favori autorise à reconnaître en Albert Lhermite un des ancêtres de notre modernité. Auteur inconnu, il a eu l’audace intelligente de s’interroger sur ce qui, à l’époque, paraissait incontestable : la suprématie de l’artiste. Il écrivit trop tôt et demeura ignoré de ses contemporains. Mais le lecteur nourri d’Angela Carter, de Vladimir Nabokov, de Georges Perec trouvera ici de troublantes résonances. À notre époque révisionniste où l’on aime à douter de tout, son petit sceptique invite à repenser l’histoire des lettres.

Presse et librairies

Cet énigmatique objet littéraire qui pourrait être issu des rêveries d’un Borges [trouve] parfaitement sa place à côté des maîtres du romantisme et n’attend plus que la curiosité du lecteur. Nous pouvons l’assurer qu’il ne sera pas déçu.

Roland Jaccard, Le Monde, 17 janvier 1997

C’est à Julia Przybos que nous devons cette découverte géniale publiée dans le patrimoine de la Collection Romantique chez José Corti. “N’est-il vraiment plus de sceptiques parmi nous ?” Voilà en substance la question que pose Albert Lhermite faisant remonter la fin du scepticisme à Descartes et au siècle de Louis XIV. (…)

Samuel Brussel, Le Lecteur (Montpellier), février 1997

Voici l’auteur d’un unique ouvrage de fiction, disparu pendant plus d’un siècle, qui resurgit, après des péripéties que [Julia Przybos] détaille, pour demeurer aussi improbable que lorsqu’elle repéra par hasard l’étrange titre qui orienta ses recherches.

Patrick Cassou, Le Mensuel littéraire et poétique n° 244

Oublié, inclassable, et de son vrai nom Dupuis, il écrit en 1861 un conte entre colin-maillard et philosophie.

Jean-Didier Wagneur, Libération, 3 octobre 1996