Carnets américains

Traduction et préface de Françoise Charras

Janvier 1995

656 pages

Domaine Romantique

9782714305367

27.85 €

À l’origine, les Carnets de Nathaniel Hawthorne n’étaient pas destinés à la publication. Ces textes ne sont donc pas entachés de cette complaisance que l’on trouve dans certains journaux d’écrivains mais au contraire passionnants parce que, à la fois, très inactuels et très modernes. Inactuels, parce que Hawthorne se révèle, peut-être même davantage que Thoreau, son contemporain et ami, un observateur méticuleux et passionné de la Nature, lorsqu’il contemple, à la manière d’un peintre méditatif, l’écoulement des saisons et des ans. Il en épouse le rythme, soit parce que ses promenades en dépendent, soit parce que, cultivant son jardin, elle conditionne son ordinaire quotidien. Il parvient aussi mieux que quiconque à nous rendre sensible à un rayon de soleil et de lune, à un nuage, à la chute des feuilles comme à la renaissance du printemps.

Parallèlement à cet hymne à la nature, on trouvera aussi au fil des pages comme le laboratoire de ses œuvres romanesques, puisqu’il note avec soin des idées d’histoires, des canevas de romans, des anecdotes, des faits historiques surprenants, des rencontres. Hawthorne entasse les matériaux et exerce son regard en nous livrant des scènes que nous n’oublierons plus : touchantes, telles la maladie de sa mère et les réactions de ses propres enfants ; drôles, tel le dialogue avec un écureuil dans les bois ; tragiques, comme l’histoire bien réelle de l’enfant perdu dans la forêt ; éternelles, comme ses observations sur un lac gelé, un arc-en-ciel, le jeu des rayons de lumière dans les feuilles.

Non seulement, ces Carnets ne vieilliront pas, mais ils sont très modernes, car le regard tragique de Hawthorne montre la vanité de la recherche du bonheur, le caractère inexorable des saisons et du temps — sources de tristesse et de joie simultanément —, tout ce qui marque d’intemporabilité la condition humaine. Prenant le temps de regarder et de méditer sur ce qui est au cœur du rapport entre la Nature et l’Homme, la qualité extrême du regard de Hawthorne — à l’égal d’un Beckett, d’un Gracq ou d’un Le Clézio — fait que, par-delà les années, le lecteur confronte ses propres perceptions, ses propres expériences à celles d’un écrivain américain disparu depuis plus d’un siècle, et qui pourtant est notre contemporain.

Tous les thèmes majeurs de Hawthorne, toutes ses hantises sont là, tantôt vagues ébauches, tantôt fins travaux d’orfèvrerie. Vigoureux, ramassés, évitant presque toujours l’ennui de la démonstration.

J.-P. Segonds.

Nathaniel Hawthorne

Nathaniel Hawthorne (1804-1864) a passé ses premières années dans une maison hantée. « N’ayant rien d’autre dont [il] puisse avoir l’ambition », il s’adonna à la littérature. En savoir plus.

Presse et librairies

Le vrai sujet de ses ébauches est en fin de compte l’indicible.


Yves Carlet, La Quinzaine Littéraire, avril 1995

Dans ces Carnets publiés pour la première fois intégralement en français, alternent des phrases elliptiques, tels de brefs messages, des intuitions fulgurantes, des idées à peine énoncées, qui seront le germe de livres à venir, et des fragments plus longs, anecdotes ou sketches, rencontres et portraits, descriptions précises et détaillées de la nature. Ici, la pensée très belle que les humains, au lieu d’être classés entre riches et pauves, devraient l’être suivant les peines qu’ils endurent. Mais aussi, parmi tant de pages tourmentées, une vision fugitive et lumineuse : des oiseaux à la poitrine blanche, voletant au-dessus de l’eau, “comme s’ils venaient d’être créés”.

Christine Jordis, Le Monde, 10 mars 1995

Voici (…) un livre passionnant, dont la lecture permet de mieux comprendre ce qu’est un écrivain au travail et pourquoi, surtout, une œuvre véritable se construit avec le matériau même de l’existence. La vie est son sujet.

Claude Margat, Le Monde Libertaire, 30 novembre/6 décembre 1995

La publication de la première partie [du journal d’Hawthorne], Carnets américains est une révélation. On y vit le quotidien d’un géant de la littérature dans la Nouvelle-Angleterre du siècle dernier.

Christophe Mercier, Le Point, 1er avril 1995