BELGAZOU
Je veux une bête qui boit de l’eau croupie. Je veux que s’accouplent hyène et louve et de leur chant naîtra ma bête. Une bête qui sapel Belgazou. Une bête discrète sur laquelle je monterai nue. Une bête bâtarde aux yeux jaunes. Je ve allé parlé o monstres, sans fantasme, sans morale, sans fin heureuse. Je veux que l’on se souvienne, que le sang ait le goût du sang.
Presse et librairies
C’est sans doute l’un des plus grands chocs littéraires de cette saison sinon de ces dernières années : avec Belgazou, son premier texte qui paraît chez Corti, Mascare signe une véritable déflagration. À mi-chemin entre l’enquête personnelle et l’investigation généalogique, Mascare fore la mémoire des siens, celle d’une petite-fille de harki qui porte le poids de « la déjà vieille guerre des années 60, 1960 ». Au cœur d’un pays déchiré par l’extrême droite, Mascare convoque dans une phrase d’une rare puissance un pays qui ne sait pas regarder en face son passé colonial. Bref texte, impression maximale.
Johan Faerber, un entretien avec Mascare pour Collateral, 18 mars 2026Au cœur du texte, une question que la France continue d’approcher avec difficulté : celle des harkis. Le livre revient sur ce moment où, à la fin de la guerre d’Algérie, des milliers de supplétifs de l’armée française furent abandonnés, désarmés puis massacrés. L’événement affleure ici non pas sous la forme d’une démonstration historique, mais comme une mémoire trouée, transmise de génération en génération. Dans Belgazou, l’histoire ne se présente jamais comme un récit stable. Elle apparaît plutôt comme une série d’images disloquées : des soldats contraints de danser en robes sur les places publiques, des silences familiaux, des corps qui continuent de trembler longtemps après les faits.
Melodie Braka, Cult.news, 13 mars 2026Attention, vous avez entre les mains un feu incandescent ! La couverture plonge son regard dans le votre et dit : Vous allez voir la réalité bien en face, et ce sera difficile ! Promesse tenue dans ces 46 pages queers, undergrounds, subversives et parsemées d’archives familiales. Belgazou, forme animale aux sens exacerbés, double de l’autrice Mascare, donne son titre à ce magnifique recueil publié aux éditions Corti. Issue d’une famille de Harki·es, Mascare part de l’expérience de cette « mémoire trouée » de la fin de la guerre d’Algérie qui se transmet de génération en génération, ce caillou dans la chaussure de l’histoire française, période de massacres et d’humiliations. L’autrice s’affranchie des codes de la langue pour inventer une forme oralisée qui est celle des ses aïeux·lles. On plonge avec elle dans un récit fragmenté, rempli d’une colère qui exige réparation. Son chemin est celui d’une quête de lumière, pour que le corps re-vive, en liberté.
Librairie La Fleur qui pousse à l’intérieur, DijonUne langue malmenée par le silence & la honte, qui déjoue les cadres normatifs pour imposer son cri, sa rage, sa liberté. C’est court, vif, un coup de couteau dans le ronflant de la langue française.
Librairie Les mots à la bouche (Paris)