Manuscrit trouvé à Saragosse

Nouvelle édition intégrale établie par René Radrizzani

Juin 1989

736 pages

Domaine Romantique

9782714303646

29 €

Du vivant de Potocki, seules furent imprimées les Journées 1 à 13, sous forme de placards non mis dans le commerce, et des extraits (Avadoro et Dix journées de la vie d’Alphonse Van Worden) dont l’authenticité est controversée, en tout environ la moitié du texte. En 1847, Edmond Chojecki publia à Leipzig une traduction intégrale en polonais, d’après un manuscrit qu’il tenait des archives de la famille Potocki et qu’il aurait ensuite détruit. Cette version connut quelques réimpressions. Le public français ne découvrira l’auteur qu’en 1958, grâce à la publication par Roger Caillois d’une partie (un quart environ) du roman. La présente édition, basée sur la totalité des sources accessibles (les imprimés, les autographes et copies manuscrites de fragments de l’œuvre et la traduction de Chojecki), restitue l’ensemble de l’œuvre dans sa langue originale, le français.

Arrivé en Espagne pour devenir capitaine des Gardes wallonnes, le jeune Alphonse Van Worden est entraîné dans une étrange aventure, qui prendra l’allure d’une épreuve initiatique. Pendant les deux mois qu’il passe dans la chaîne des Alpujarras, plusieurs personnes lui racontent l’histoire de leur vie, où interviennent les narrations que leur ont faites d’autres personnes qui relatent à leur tour les récits qu’elles ont entendus… et ainsi de suite jusqu’à une quintuple mise en abîme.

Mais le Manuscrit trouvé à Saragosse n’est pas seulement l’exemple classique du « roman à tiroirs », véritable labyrinthe ou kaléidoscope où les histoires et les destinées se reflètent les unes dans les autres : c’est aussi une somme romanesque de tous les genres : roman picaresque, histoire de brigands, roman noir, conte fantastique, roman libertin, conte philosophique, histoire d’amour, toutes ces formes s’entrelacent en un ballet féerique parfaitement réglé. Cette complexité n’est pas gratuite : le texte devient le miroir d’un univers à perspectives multiples, où coexistent des systèmes de valeurs, des conceptions religieuses et philosophiques, des sentiments de l’honneur apparemment incompatible. C’est la « modernité » apparente d’un texte qui, tel Gulliver, Don Quichotte et les grands romans du XXe siècle, transcende son époque et le genre du roman.

Jean Potocki

Jan Potocki (1761-1815) est un aristocrate, savant et écrivain polonais. Grand voyageur, historien, archéologue et ethnologue, éditeur, fondateur de la Wolna Drukarnia (Imprimerie libre) en 1788, il est surtout connu comme auteur, francophone, du Manuscrit trouvé à Saragosse. En savoir plus.

Presse et librairies

Formidable hymne à la vie et au plaisir de vivre, palais baroque agencé par un architecte rigoureux, combinaison étourdissante de tous les genres littéraires connus ou à venir, roman gothique (thème du gibet et des revenants), récits de brigands siciliens, roman picaresque, conte libertin, drame d’amour, catalogue scientifique, épopée coloniale (l’intermède mexicain), roman dans le roman, le Manuscrit trouvé à Saragosse (par une fiction qui complète la liste des procédés) a mis près de deux siècles pour arriver sous nos yeux.


Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur, 10 août 1989

Objet étrange, roman-gigogne, roman matriochka, roman labyrinthe ample comme le Don Quichotte, mais composé en étoile, à la façon des Mille et une Nuits et plus encore, de l’Heptaméron de Marguerite de Valois ou du Décaméron de Boccace. […] Roman initiatique ? maçonnique ? théosophique ? cabalistique ? préromantique ?… Pourquoi pas ? On trouve de tout dans cette œuvre d’imagination unique.
     […] Un livre universel qui, un siècle et demi après la mort de son auteur, va enfin connaître sa destinée terrestre.


Nicole Zand, Le Monde des livres, 16 juin 1989


Un livre singulièrement annonciateur.

Antoine de Gaudemar, Libération, 22 juin 1989

Quand vous aurez entre les mains ce lourd volume à la couverture noire et glacée, vous apprêtant à lire les premières lignes de l’avertissement au lecteur, vous aurez immanquablement le sentiment de vous trouver sur le seuil d’un étrange et gigantesque monument.


Pierre Péju, La Quinzaine Littéraire, 15-30 juin 1989

Il a fallu toute la patience et la fascination du monde à René Radrizzani pour extraire des archives les mieux enfouies et des bibliothèques les plus lointaines, les fragments du Manuscrit, trouvé certes à Saragosse, mais perdu un peu partout (à Cracovie, Varsovie, Leningrad, Leipzig, Pontarlier) et désormais retrouvé, rassemblé et restauré à Paris.


Eugène Mannoni, L’Express, 4 août 1989

En lisant l’intégralité de ce chef-d’œuvre plusieurs fois pillé, on est saisi par la force qui s’en dégage, un magnétisme terrible dont l’auteur fut sans doute aussi prisonnier, comme le laisse penser sa fin tragique. Dans ses fréquentes crises de mélancolie, Potocki lime la boule d’argent qui orne le couvercle de la théière, jusqu’à lui donner la forme voulue, celle d’une balle qu’il fait bénir avant de se faire sauter la cervelle.


Laurent Lemire, La Croix, 24 juin 1989

Conte de fées, roman picaresque, traité philosophique et préfigure les genres à venir : fantastique d’initiation et d’érudition, roman noir. Le livre se présente donc non seulement comme la somme de tous les savoirs et de tous les faits du monde, mais aussi comme la somme de tous les mondes possibles.
 

Thomas Barin, Quotidien des lettres, 7 juin 1989

Le Manuscrit trouvé à Saragosse est du nombre des livres mythiques de la littérature. Sa réputation excède de beaucoup le chiffre de ses lecteurs.

Le Figaro, 4 août 1989