L’ermite de la forêt

Traduit par .

Mars 1990

140 pages

Domaine Romantique

9782714303738

13.15 €

Lenz est avec Goethe et Klinger l’un des fondateurs du mouvement Sturm und Drang (Tempête et passion), mais le seul dont la révolte durera jusqu’à sa mort. Surtout connu pour son œuvre dramatique où s’exprime une critique sociale exacerbée à travers des personnages en proie à la violence de l’instinct, il contribua avec Gœthe à la diffusion de l’œuvre shakespearienne, dont il retiendra quelques grandes leçons.

Il est, parmi les romantiques, l’individualisme absolu incarné, le radical. Son caractère asocial, ses échecs sentimentaux renforceront ses certitudes, son orgueil et, au fil des ans, ce qui deviendra son délire de persécution, dont Büchner dans son Lenz a su rendre les progrès.

Figure emblématique de l’inadaptation, il est le rêve qui, refusant de se plier au réel, sera brisé. « Nous ignorons si cet homme sensible et déjà malade eût succombé dans de tout autres conditions tumultueuses encore plus accidentelles et extérieures de son existence » (Hermann Hesse). Certains auteurs allemands actuels le classent d’ailleurs parmi les précurseurs de 68. Goethe, le mondain, comprendra vite qu’il peut nuire à sa carrière et le rejettera : « Les âneries de Lenz, hier soir, nous ont fait pâmer de rire. Je n’arrive pas à m’en remettre. » En proie à la désillusion, déçu, mortifié, il errera de place en place à travers l’Europe, jusqu’à ce qu’on le retrouve mort dans une rue de Moscou.

« Quelle étrange composition de génie et d’innocence. » Wieland

Presse et librairies

Avec L’Ermite de la forêt, Lenz se place comme la mauvaise conscience de Goethe en l’accusant d’avoir abandonné les vérités du Werthérisme dans ce que celui-ci contenait de critique sociale, d’inadéquation à l’activité pratique et de reflet posirif de l’expérience de l’échec. Il n’empêche qu’une réelle injustice fut commise à reléguer ce roman, confié naïvement à Goethe lui-même, à quelque oubliette, puisqu’il fallut attendre vingt ans, en 1797, pour que celui-ci vît le jour, grâce aux soins de Schiller. Injustice que les éditions Corti, dans leur remarquable collection romantique, tendent à réparer.

Catherine Jacobsen, Le Mensuel littéraire et poétique, octobre 1990