Cyprian Kamil Norwid
Cyprian Norwid, Polonais (Laskowo-Gluchy le 24 octobre 1821 – Paris le 28 mai 1883).
"Il perd sa mère à 4 ans et sera élevé par des parents, puis par son père. À 9 ans, il assiste à l’insurrection de novembre 1830 et à la sauvage répression qui déporte en masse les insurgés ou les force à l’émigration. Il abandonne rapidement le lycée pour une école de peinture et commence à publier des poèmes dans les journaux de Varsovie. Norwid est alors sous l’influence des grands poètes de la génération romantique : Mickiewicz, Slowacki, Krasinski. Il fréquente les salons mondains comme les milieux de la bohème de Varsovie. Ce dandy parcourt aussi la Pologne à pied, à la recherche de son folklore qu’il consigne sur ses carnets tout en dessinant visages et paysages. Passionné par l’Antiquité et l’archéologie, il entreprend, grâce à une bourse, un voyage initiatique en Europe. Il y découvre surtout une Italie à laquelle il vouera une telle passion que Czeslaw Milosz dit de lui qu’il est “d’une certaine façon un poète de la Méditerranée.”
Norwid a quitté la Pologne pour ne plus y revenir. Arrêté à Berlin pour avoir donné son passeport à un déserteur russe, il est sommé par les services de renseignement du tsar de travailler pour eux et, devant son refus, est jeté en prison. Libéré, tout retour en Pologne lui est désormais interdit. Alors son existence bascule et son goût des voyages se transforme en une vie errante et souvent misérable. Un temps, il poursuit avec assiduités une jeune femme, Maria Kalergis, qui compte Musset, Gautier et Delacroix au nombre des ses admirateurs. La révolution de 1848 le trouve à Rome, où il s’engage avec Mickiewicz dans la constitution d’une légion polonaise pour aider les italiens à lutter contre les Autrichiens. L’année suivante il est à Paris où il retrouve Slowacki et Chopin. Il lutte pour survivre en sculptant et en dessinant des plans. Mais déprimé par ses échecs successifs et la précarité de son existence, il part pour le Nouveau Monde. En décembre 1853, il est à New York, tour à tour ouvrier, bûcheron et illustrateur pour l’exposition Crystal Palace. S’il s’enthousiasme là-bas pour l’abolition de l’esclavage, il ne trouvera pas pour autant sa place en Amérique. Il rentre en Europe. C’est Londres puis Paris, où il ne connaîtra que quelque succès d’estime après une vie d’exils successifs et de profonde solitude.
C’est là , à l’âge de 60 ans, qu’il compose la Trilogie italienne publiée par les éditions José Corti. Atteint par la tuberculose, sourd, sans domicile fixe, il vit à cette époque à l’hospice Saint-Casimir. C’est pour tenter de réunir l’argent d’un dernier voyage que Norwid rédige en trois mois cette Trilogie. Mais, ne pouvant la faire imprimer, il meurt peu de temps après, laissant à la postérité des malles de manuscrits inédits.«
Jean-Didier Wagneur, Libération, juin 1995