La Vie de John Nicol, matelot
Traduit de l'anglais par André Fayot
Préface de Kenneth White
Dès la fin du XVIe siècle, sitôt après qu’Elizabeth a haussé son pays parmi les grandes puissances navales, la littérature britannique se dote d’un genre nouveau, le récit maritime, que Francis Drake et Walter Raleigh sont parmi les premiers à illustrer, et qui va connaître un succès qui dure encore. Ces relations extraordinaires, où l’aventure, l’ailleurs, l’appel de l’inconnu saisissent souvent le lecteur à chaque page, sont la plupart du temps l’œuvre de médecins, de capitaines, d’officiers ou de négociants, dont la vision du monde, si riche et si contrastée soit-elle, subit nécessairement la marque de leur position dans la hiérarchie ou la société.
Avec la Vie de John Nicol (1822), la dunette fait place à l’entrepont, si l’on peut dire, et c’est un monde bien moins connu, quoique tout proche, qui nous ouvre ses portes, celui des marins « de la base », dont, faute d’éducation et de familiarité avec la chose écrite, les témoignages sont beaucoup plus rares. Nous sommes sur les mêmes navires ; cependant, vu d’en bas, le monde prend une couleur bien différente. Le récit est moins ambitieux, plus personnel ; c’est un individu, un homme tout simple, qui nous livre son expérience, mais avec une acuité, un naturel, une largeur d’esprit et une sensibilité qui donnent à ce récit, imprégné des grands thèmes du romantisme ambiant – la jeunesse, l’amour, l’aventure et la destinée – un charme à la foi solaire et tragique.
Un texte que Melville avait sur sa table de chevet.
Presse et librairies
Un jeune tonnelier écossais, pris du virus de l’aventure, quitte son pays pour découvrir le monde. Il ne reviendra que trente ans plus tard… […] Publié en 1822, oublié pendant cent ans, réédité en 2000, ce texte mériterait devenir, enfin, un classique.
Christophe Mercier, Le Figaro, 8 juin 2006Il faut aller au bout du voyage. Une fois le récit terminé, le lecteur découvre une curieuse postface (« postcript by the editor » dans l’édition originale). Comme dans l’un de ces romans maritimes dont la littérature anglo-américaine offre maints exemples, chez Stevenson ou Conrad, ou dans les Journaux de Cook, un deuxième niveau narratif se présente. L’auteur de la postface, « JH », informe le lecteur qu’on lui avait signalé ce John Nicol comme un « personnage des plus intéressants ». Il a donc rencontré un vieillard fatigué et sans ressources qu’il a entrepris d’aider à obtenir sa pension en recueillant le récit de ses expéditions. « Jamais je n’ai rencontré personne qui fût doué d’une meilleure mémoire » confie ce rédacteur absconditus (un autre John, dénommé Howell) qui entre en scène au finale mais tenait la barre de l’écriture. Notre marin n’a pas navigué seul dans sa narration. John Nicol n’est pas un autre Defoe, et s’il faut lui trouver un cousinage, il est plutôt un Selkirk qu’on n’aurait jamais appelé Robinson.
Jean Viviès, Études anglaises, 2008